Me revoilà après deux semaines passées en Crète avec Fouz'Daddy. Des vacances sympathiques et ensoleillées qui auront été marquées par quelques péripéties finalement sans grande gravité. Et puis, ça fait toujours des anecdotes de vacances à raconter. En tout cas, j'ai appris une curieuse nouvelle à mon retour qui m'a donné à réfléchir.
En fait, j'ai appris par des amis du boulot qu'une cadre de haut niveau de mon administration était décédée accidentellement. Elle avait 47 ans et était pressentie pour devenir la big boss de mon service. Il se trouve qu'elle avait une réputation assez peu flatteuse. Certes, elle était célèbre pour sa compétence et son exigence professionnelle, mais elle était aussi redoutée pour son autoritarisme et finalement, sans doute assez peu appréciée de ses subalternes. Je ne crois en effet pas que l'on puisse apprécier quelqu'un que l'on craint. Pour ces différentes raisons, personne n'avait envie dans mon service, qu'elle en prenne la direction. Du coup, je me suis posé des questions.
Au-delà de l'émotion légitime des premiers instants, due au fait que l'on avait croisé cette personne il y a quelques semaines, qu'elle était en parfaite santé et que ce décès n'était en aucun cas prévisible, je me suis demandé quel souvenir cette personne allait laisser à celles et ceux qui l'ont connue, côtoyée ou qui ont simplement entendu parler d'elle.
Je doute qu'elle leur laisse à proprement parler un bon souvenir, même si personne ne souhaitait son décès et qu'elle n'avait pas mérité un tel sort. Il n'empêche que sans avoir en permanence à l'esprit la perspective de notre décès, je crois que nous devrions fréquemment nous poser cette question. On pourrait associer cette démarche avec la suivante: il faudrait essayer de ne pas faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'autrui nous fasse. De même, on pourrait s'efforcer de ne pas commettre d'actes qui nous laisseraient un mauvais souvenir de celui qui les auraient commis et décèderaient peu de temps après. Certes, après notre décès, on peut se dire que l'on ignorera comment notre mort est perçue alors après tout, on pourrait s'en foutre. Mais je ne crois pas que ce soit bon.
Je me demande ce que cette personne (la femme récemment décédée) a ressenti lorsqu'elle a su que sa dernière minute était arrivée. Est-ce qu'elle a réfléchi à l'image qu'elle nous laisserait? Est-ce qu'elle s'est demandée comment elle aurait agi si elle avait su qu'il ne lui restait que quelques jours ou semaines à vivre? Aurait-elle moins travaillé et davantage profité de la vie? Aurait-elle été plus humaine, moins tyrannique? Aurait-elle relativisé davantage les enjeux de son travail? Personne n'aura jamais la réponse à ces questions. Je ne peux guère que me les poser pour essayer de les résoudre à mon sujet. Je ne préfère pas trop y penser car je ne crois pas que mon décès soit proche. J'essaie juste de faire en sorte de ne rien regretter, ni dans ce que je fais, ni dans ce que je m'abstiens de faire, et de faire le bien, ou tout au moins de ne pas faire de mal. Ca paraît peu de choses mais c'est déjà beaucoup à mon échelle.
A un poncif que je lui adressais par mail après avoir appris le décès de la fameuse cadre de haut niveau (la vie nous joue de drôles de tours....), un ami érudit, véritable encyclopédie vivante en moins ennuyeux et plus amusant, m'a répondu ceci: sic transit gloria mundi. Ainsi passe la gloire du monde, donc, ou quand la vie nous rappelle que nous sommes peu de choses.
Je répète donc un message qui avait fait l'objet d'un post il y a quelques temps: soyons vrais, soyons simples, soyons sincères, soyons nous, le meilleur de nous-mêmes, nous de toutes nos forces, en nous efforçant de vivre chaque jour comme si c'était le dernier.