Année 2006, deux "mondial" pour le prix d'un, le mondial de football (la fameuse coupe du monde) et le Mondial de l'automobile de Paris, rendez-vous incontournable des amateurs, sinon des passionnés d'automobiles. Je n'en ai pas raté un seul depuis 1994, soit il y a 12 ans déjà. Cette année, j'ai une impression étrange.
D'abord, l'ironie du sort veut que le salon de l'automobile se tienne dans l'une des villes les plus autophobes de France. J'habite Paris depuis un peu plus d'un an et je comprends parfaitements les impératifs écologiques qui président à la politique de transports de Delanöé mais je vois dans la tenue du salon de l'auto à Paris une sorte de paradoxe. Je ne peux m'empêcher de penser non plus qu'au fil des années, alors que je suis passé de l'adolescence à l'âge adulte (tout au moins, sur le papier...), ma perception de la vie en général, et de l'automobile en particulier a changé. Je ne porte plus sur les voitures le regard d'enfant que je leur jetais alors que j'étais adolescent et que je ne pouvais faire plus que de rêver de conduire un jour. L'automobile incarnait alors une sorte de rêve, un rêve de liberté et de plaisir qui me serait un jour accessible. Aujourd'hui, ce que je croyais être un rêve est devenu réalité et n'a finalement rien d'extraordinaire.
Cette année, je me suis même demandé si j'allais y aller. La voiture à Paris est rejetée, détestée, comme un facteur d'encombrement, de bruit, de pollution et de danger. Au salon de l'auto, je n'ai vu que des voitures toujours plus en décalage avec les besoins et les moyens du commun des mortels. Des voitures de sport qui font saliver tous ceux qui ne pourront sans doute jamais se les offrir, des 4x4 qui donnent une impression de sécurité indéniable mais n'ont pas leur place dans nos centres villes, des voitures toujours plus grandes, plus grosses, plus lourdes et plus gloutonnes, le tout pour répondre à ce que les constructeurs pensent être les besoins des clients. Cette année, mon côté pragmatique a peut-être pris le dessus mais je n'ai pas été enchanté par ma visite du salon de l'auto. Beaucoup de monde, beaucoup de véhicules inaccessibles sans invitation (les riches sont toujours plus riches, les pauvres sont toujours plus pauvres). Certes, les hôtesses sont toujours aussi belles, les p'tits cons de vendeurs sont toujours aussi beaux gosses et le fait de pouvoir admirer tous ces véhicules en un même endroit m'a donné du plaisir. Certaines animations réalisées autour de quelques véhicules m'ont semblé distrayantes, participant de ce côté paillettes qui caractérise le mondial de Paris. Néanmoins, le charme n'opère plus et il y a de fortes chances pour que mon prochain achat soit un scooter neuf plutôt qu'une voiture d'occasion.
Je ne peux nier pourtant le fait que l'évolution de l'automobile nous donne quelques indications sur l'évolution de notre société. Le snobisme a un bel avenir devant lui (les Mercedes, Audi et autres BMW hors de prix ne sont-elles pas l'incarnation de l'idée selon laquelle la voiture que vous conduisez traduit votre statut social, la Mini, véhicule qui s'arrache à prix d'or alors que ses qualités objectives ne le justifient pas) malgré un retour en force de la simplicité dans l'automobile (cf la Logan, voiture qui privilégie la fonction à l'esthétique et qui offre aux ménages modestes la possibilité d'acquérir un véhicule neuf de facture très correcte, aux deux sens du terme). Les préoccupations écologiques touchent désormais de nombreux constructeurs tandis que des marques comme Kia, Hyundai ou encore Skoda nous montrent que l'on peut réaliser des progrès énormes et revenir de très loin (ces marques ayant encore jusqu'à récemment une réputation peu flatteuse de fabricants de voitures procurant peu de plaisir à leurs conducteurs et offrant un niveau de fiabilité aléatoire).
En bref, ce mondial 2006 m'a laissé une impression mitigée, me renvoyant à la manière dont j'ai évolué au cours de ces dernières années et à la façon dont notre société change également. C'est probablement regarder un peu les choses par le petit bout de la lorgnette mais c'est mieux que de se voiler totalement la face.....