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Vendredi 10 novembre 2006

Au risque de faire injure à l'intelligence de mes lecteurs, je précise que je pèse 72 kgs et que le titre de l'article n'est du coup, pas une coïncidence. C'est un événement en apparence anodin mais qui est significatif pour moi qui m'a inspiré cet article.

La violence est omniprésente dans le monde dans lequel nous vivons, qu'elle soit physique ou psychologique, voire les deux en même temps. Que ce soit dans la rue, dans les transports en commun dans lesquels les gens vous poussent, vous bousculent, vous écrasent les pieds ou cherchent à monter avant que vous soyez descendus de la rame ou parfois au travail. Je ne parlerai pas ici des rapports de voisinage, quand les voisins sont bruyants et qu'il faut se gendarmer avec eux pour avoir un peu de tranquilité. La violence se manifeste aussi en voiture, puisque l'on se sent protégé dans son automobile et que la voiture fait écran entre soi et les agresseurs de l'extérieur. Il faut se battre en permanence, que ce soit physiquement ou au sens figuré, en essayant d'intimider autrui et de faire croire que l'on est plus fort que ce que l'on est réellement. Le tout est en fait de donner à ses éventuels adversaires une surimpression de force et d'assurance pour justement éviter d'aller à l'affrontement.

Le problème, c'est que je n'ai jamais su donner cette impression trompeuse aux gens, parce que je ne suis finalement pas quelqu'un de fort. Physiquement, je pense avoir une force inférieure à la moyenne, du fait de ma carrure, disons plus proche du sandwich SNCF que du frigo américain et qui a parfois fait croire à certains (surtout au collège) que l'on pouvait me taper dessus sans encourir de représailles. Parfois, c'était vrai, trop souvent sans doute, parfois, c'était faux. Je suis sans doute plus fort psychologiquement que physiquement, même si certains jours, quand j'ai le moral dans les chaussettes, la moindre difficulté peut prendre des proportions démesurées.

Quoi qu'il en soit, il s'est produit ce soir ce que j'appellerais une scène de violence ordinaire. Je revenais du ciné en bagnole, un connard mal garé redémarre et vient me serrer sur la gauche alors que je suis arrêté au feu rouge, dans le but de passer devant moi. Evidemment (je sais que c'est con mais on ne fait pas toujours des choses intelligentes dans la vie), je démarre rapidement pour l'empêcher de passer, il passe quand même, me serre et je le klaxonne. Un feu rouge plus loin, il descend de sa voiture (un physique banal, la bonne trentaine, pas très grand, un peu rond, maghrébin) et vient m'engueuler à ma porte, me disant qu'il est emmerdé avec sa bagnole et que je viens le faire chier en plus, m'insultant au passage. Je lui réponds que je n'en ai rien à foutre et que ça n'excuse rien. Il m'insulte de plus belle et devient menaçant, essayant de m'atteindre au visage. Ma vitre est peu ouverte, il est maladroit et m'effleure à peine. Néanmoins, il m'a touché, je comprends qu'un basculement vient de se produire et qu'une fois de plus, je dois m'écraser et ranger ma fierté dans ma poche si je veux éviter que ça ne dégénère. Je laisse tomber. Je le double au rond-point suivant, il me redouble, me serre et freine brutalement devant moi, je l'ai vu venir, je fulmine et laisse de la distance.

Qu'en conclure? Que l'on peut se faire taper dessus pour rien et qu'une situation peut dégénérer d'une minute à l'autre sans que l'on puisse s'en douter. Que ce n'est pas toujours celui qui a raison qui a le dernier mot et qu'en ville comme dans la jungle, la loi du plus fort est souvent la meilleure. Que j'ai probablement été lâche une fois de plus. Qu'aurais-je du faire? S'il s'est permis ce geste, c'est qu'il a cru ne rien risquer en le faisant et que donc, je ne lui ai pas inspiré la méfiance. Aurais-je du descendre de voiture et le frapper à mon tour, pour sauver ma dignité? Juste après l'altercation, je m'en suis voulu. J'en voulais à ce con pour ce qu'il avait fait et pour m'avoir renvoyé au visage ma propre lâcheté. Je m'en voulais également d'avoir été lâche et de ne pas avoir mis un poing dans la gueule de ce sale con, de ne pas avoir eu ma bombe lacrymogène sur moi pour lui gazer sa sale gueule. Pour couronner la soirée, j'ai croisé mon connard de voisin dans l'ascenseur, celui qui ne dit pas bonjour et s'étonne que je m'en indigne.

C'est dans ces moments-là que je déplore de rentrer dans un appartement vide. A qui en parler, puisque j'ai besoin de parler de ce genre de choses mais que j'ai quelque part honte de mon attitude dans ce genre de circonstances. Finalement, j'ai choisi d'utiliser mon blog comme un exutoire et de vous en parler, mes fidèles lecteurs, de cet événement qui en lui-même, peut sembler insignifiant, mais qui étant donnée la façon dont je l'ai ressenti, est lourd de sens.

par Laurent publié dans : gaybluecollection
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